Mon, 12/08/2014 - 14:26 - 102 Views

Le 9 octobre 2014, le Centre de recherche sur le développement et le Département de Sociologie – Travail social et Études de l’Asie du Sud-est de l’Université Ouverte de Ho Chi Minh Ville a organisé un séminaire sur «Le phénomène des migrations et les migrants du point de vue sociologique».

Les conférenciers étaient M. Phạm Như Hồ et Madame Nguyễn Bảo Thanh Nghi .

GÉNÉRALITÉS SUR LA MIGRATION 

Depuis longtemps, l’histoire de l’humanité  a enregistré des migrations ayant pour cause des fléaux naturels tels que les inondations, l’éruption des volcans ; des guerres ou des difficultés économiques : les gens cherchent de nouvelles opportunités ou ils souhaitent vivre dans  des pays leur offrant une plus grande liberté.

Les progrès techniques avec l’apparition des avions, de grands bateaux transocéaniques, des trains à grande vitesse…, en bref des moyens de transport rapides, sûrs et à des prix abordables ont crée des conditions favorables aux mouvements migratoires. En fonction de la politique de chaque pays, les immigrés peuvent entrer dans un pays avec plus ou moins de difficulté. Par exemple, auparavant, les États-Unis encourageaient les Européens à immigrer pour travailler dans l’agriculture.

Aujourd’hui, les équipements électro-ménagers aident à réduire le temps du travail ménager. Cependant, beaucoup ne sont pas moins occupés parce que le temps du travail professionnel augmente. C’est pourquoi, les habitants des pays industrialisés emploient les immigrés venus des pays en développement pour faire le ménage ou le travail de soin tel que : infirmières à l’hôpital, aides soignantes à domicile des personnes âgées ou des handicapés. Des fermes agricoles ont aussi besoin de main-d’œuvre étrangère pour s’occuper des animaux ou des récoltes. En général, les travailleurs immigrés sont peu qualifiés, mal payés et n’ont pas besoin de papiers légaux. Le transport des travailleurs immigrés est généralement strictement organisé selon toute une chaîne de migration (chain migration). Les migrations constituent un phénomène répandu que presque tous les pays doivent affronter.Aujourd’hui, les équipements électro-ménagers aident à réduire le temps du travail ménager. Cependant, beaucoup ne sont pas moins occupés parce que le temps du travail professionnel augmente. C’est pourquoi, les habitants des pays industrialisés emploient les immigrés venus des pays en développement pour faire le ménage ou le travail de soin tel que : infirmières à l’hôpital, aides soignantes à domicile des personnes âgées ou des handicapés. Des fermes agricoles ont aussi besoin de main-d’œuvre étrangère pour s’occuper des animaux ou des récoltes. En général, les travailleurs immigrés sont peu qualifiés, mal payés et n’ont pas besoin de papiers légaux. Le transport des travailleurs immigrés est généralement strictement organisé selon toute une chaîne de migration (chain migration). Les migrations constituent un phénomène répandu que presque tous les pays doivent affronter.

MIGRATIONS INTERNES AU VIET NAM

Les données des recensements généraux du Viet Nam de 1989, 1999, et 2009 ont montré qu’il y a eu des flux migratoires entre les régions. Cette réalité nous rappelle des migrations vers le sud tout le long de notre histoire millénaire et elles ont contribué à former le territoire vietnamien d’aujourd’hui. L’étude des migrations a un caractère multidisciplinaire en intégrant la géographie, la psychologie, la sociologie, la démographie, l’ethnographie, etc. Dans le contexte de cette conférence, les conférenciers n’ont abordé que le côté des théories sociologiques, les chiffres étant exclus. Les conférenciers ont souhaité apporter une nouvelle approche des problèmes liés aux mouvements migratoires au Viet Nam. 

D’après les théories économiques classiques, les mouvements migratoires résultent du fonctionnement des lois du marché du travail. La main d’œuvre se déplace des zones excédentaires vers celles qui manquent de main d’œuvre.  Cette approche a l’avantage de nous fournir une vue globale du phénomène de la migration, de nous informer de l’évolution des migrations à travers le temps et des tendances migratoires des régions. Ces éléments sont utiles à  des projections basées sur les calculs mathématiques, ces projections  sont au service des décideurs. La faiblesse de cette approche est qu’elle s’appuie trop sur la causalité des lois migratoires et ne paie pas suffisamment attention aux migrants, sujets principaux des ces flux migratoires. Si l’on ne mentionne que des chiffres, on omettra les migrants et leurs problèmes qui sont pourtant des sujets de recherche significatifs. Par exemple, quels sont les motifs de leur migration, comment se déplacent-ils, comment s’intègrent-ils au nouveau cadre de vie ?  Cette approche classique n’est pas appropriée pour étudier des catégories et modes de migration, tandis que des approches sociologiques permettent d’établir des méthodes d’étude des flux de migrants.

L’économiste  Gary Becker (prix  Nobel 1992) a fait des recherches sur les migrations au niveau individuel et a appliqué la théorie du choix rationnel basée sur le principe qui stipule que tout comportement humain est dicté par le calcul entre coût et bénéfice. Un autre économiste, Michael Todaro, a étudié les motifs de la migration. La faiblesse de son approche est qu’il considérait l’individu comme une entité totalement indépendante dans la société. En réalité, la décision de migrer ne relève pas de l’individu, elle est une stratégie de toute une famille.

Pour des méthodes d’étude sociologiques, l’image du/ de la migrant(e) est justement celle qu’il / elle veut se constituer de lui/elle – même. Cette image est aussi sous l’impact de différentes caractéristiques de la communauté des migrants. Il existe des relations entre l’origine et la destination des migrants. En migrant vers les villes, ceux qui ont des relations de famille sont originaires d’un même village, ils ont tendance à se rassembler spatialement et former leurs propres quartiers dans la ville. Ces quartiers peuvent être acceptés ou au contraire refusés et marginalisés par les citadins et la société urbaine. Au début du 20e siècle, deux sociologues William Thomas et Florian Znaniecki ont écrit l’ouvrage  “The Polish Peasant In Europe and America” (“Le paysan polonais en Europe et en Amérique”) dans lequel ils ont étudié la trajectoire d’un migrant et ses réseaux sociaux en demandant au migrant de raconter leurs sentiments, leurs chances ainsi que leurs difficultés tout au long du processus de migration. D’après l’étude réalisée en 2004 par l’Organisation internationale des migrations (l’OIM) « Genre, migrations et transfert  d’argent », les migrations internes du Viet Nam manifeste une tendance vers la féminisation.

Ce phénomène peut s’expliquer par des raisons purement économiques : les usines ont besoin de main d’œuvre féminine, le caractère dualiste de l’économie urbaine avec les deux secteurs formel et informel qui sont quelquefois difficiles à identifier. Le secteur informel offre des activités qui conviennent aux femmes migrantes telles que marchandes ambulantes, aides ménagères. Ces activités aident les femmes migrantes à survivre en ville et à faire des économies pour les transmettre à leurs familles d’origine. Auparavant, les chercheurs de l’Université Ouverte (Thái Thị Ngọc Dư et Nguyễn Xuân Nghĩa) dans une étude pionnière sur « Les migrantes rurales dans le secteur informel à Ho Chi Minh Ville » ont démontré que ces migrantes rurales ont trouvé dans la ville un environnement favorable à leur intégration. On a pensé qu’avec la modernisation et le développement économique, le secteur informel se rétrécira, mais dans la cas de Ho Chi Minh Ville, il s’est même étendu.   

MIGRATIONS INTERNATIONALES

Pour les migrations internationales, les pays d’émigration sont ceux à main d’œuvre excédentaire ou à main d’œuvre bon marché. La main d’œuvre émigre des pays pauvres aux pays plus riches. On mentionne en général la théorie des facteurs « push pull » et celle du choix rationnel. Le pays d’accueil des immigrés gagne en leur payant des salaires plus bas pour les travaux que les locaux ne veulent pas faire. Cette situation entraîne des conséquences négatives sur l’image des immigrés tant au niveau médiatique que sociologique. Pour des périodes de bonne croissance économique, l’image des immigrés est valorisée par le gouvernement qui répand l’idée que les immigrés contribuent au développement de la diversité culturelle des régions et du pays. Par contre, à des périodes de régression économique, les immigrés sont considérés comme des malfaiteurs. 

Les pays d’émigration affronte le problème de fuite des cerveaux, c’est pourquoi nombre de gouvernements de ces pays ont établi une politique de gain des cerveaux en payant des salaires élevés à ceux qui retournent au pays. En outre, il existe aujourd’hui le phénomène de circulation des cerveaux pour les travailleurs transnationaux qui conservent toujours les relations avec leurs pays d’origine et apportent leurs contributions à plusieurs pays. La théorie du réseau : Pour vivre en meilleure sécurité, les immigrés ont tendance à se rassembler selon certains critères sociaux qui assurent qu’ils sont de la famille, du même village ou de la même province (pour les Chinois). Les Chinois ont tendance à se rassembler dans  un même quartier et former des « Chinatowns ». Les immigrés originaires d’un même pays ont tendance à se rassembler dans un même métier ( niche ethnique) s’ils ont suffisamment de compétences. En Californie par exemple, 90% des femmes dans le métier de manicure et 50% des propriétaires de bijouterie sont des Vietnamiens. La raison est que les Vietnamiens ne parlent pas couramment l’anglais, qu’ils reçoivent facilement des offres d’emploi par des patrons vietnamiens dans les journaux en vietnamien publiés en Californie. Ce métier est facile à apprendre, les frais de formation ne sont pas excessifs, deux ou trois mois de formation suffisent pour trouver un emploi. L’examen de fin d’études est aussi organisé en vietnamien. Ceci a involontairement formé un cercle fermé qui détient le monopole de ce métier. La conséquence est que les autres ethnies n’ont pas la chance d’être recrutées parce qu’elles ne peuvent pas lire les annonces en vietnamien. Alors deux situations peuvent se produire, ou bien ce métier sera valorisé internationalement (c’est le cas du commerce de détail et des services assurés par les Juifs), ou bien il sera dévalorisé à cause d’une concurrence terrible entre les personnes du métier, et le métier de manicure des Vietnamiens se trouve dans cette situation. Pendant les années 1970 – 1980 à l’apogée du métier, une prothèse ongulaire coûtait 80 dollars, elle ne coûte que 30 dollars aujourd’hui.

Le dualisme économique des villes géantes : Le secteur informel existe parallèlement au secteur formel.  Auparavant, face aux désastres naturels ou aux conflits, les hommes migraient d’abord, ensuite ils étaient rejoints par leurs femmes et leurs enfants. Aujourd’hui, les femmes émigrent beaucoup plus que les hommes et elles travaillent dans le secteur informel, par exemple les soins à domicile, danseuses dans les bars, on assiste ainsi à une féminisation de la migration.

Les transferts d’argent sont ce que souhaitent tous les pays d’émigration.

Quelques lignes sur les conférenciers

Phạm Như Hồ:  diplômé d’un master de sociologie à l’université de la Sorbonne (Paris) en 1969. Il a enseigné dans plusieurs universités au Viet Nam et à l’étranger : université de la Sorbonne, faculté des Lettres de l’université de Saigon, université de Ho Chi Minh Ville, Université ouverte de Ho Chi Minh Ville. Il a participé à des projets de recherche de l’UNESCO. 

Nguyễn Bảo Thanh Nghi: Docteure en Sociologie à l’université de Boston,  Boston,  Massachusetts, États – Unis.

Elle se spécialise dans différents domaines : étude des migrations et intégration sociale des immigrés, en particulier celle des immigrés vietnamiens aux États-Unis, étude du développement, genre et famille. Son article sur le métier de manicure des Vietnamiens aux États-Unis a été publié une revue internationale de renom sur les migrations International Migration Review, et republié dans l’ouvrage  Contemporary Asian America: A Multidisciplinary Reader chez  New York University Press. Elle est responable de la section Sociologie du Département de Sociologie- Travail social et Études de l’Asie du Sud – Est à l’Université Ouverte de Ho Chi Minh Ville.

 

Compte rendu:Lê Thị Hạnh
Traduction française : Thái Thị Ngọc Dư