Fri, 03/24/2017 - 12:16 - 7 Views

En commémoration de l’anniversaire de la mort des Sœurs Trung (le 6e jour du 2e mois lunaire), le Centre de recherche Genre et Société (GAS) – Université Hoa Sen a organisé, le 3 mars 2017, un séminaire intitulé « La révolte des Sœurs Trung - une source d’inspiration pour les générations descendantes ». Le conférencier était l’historien Trần Viết Ngạc.

La révolte des Sœurs Trung a éclaté au printemps de l’an 40 après J-C et a libéré le pays du joug des Han qui avaient dominé le pays pendant plus de 200 ans et a repris l’indépendance. Trung Trac a été nommée « reine » par l’armée et le peuple, elle porte le nom royal Trung Vuong et installe la capitale à Mê Linh.

Bien que les sœurs Trung ne préservent l’indépendance que pendant trois ans (40 – 43), la victoire de la révolte éveille la confiance et renforce l’esprit de lutte pour l’indépendance nationale des générations ultérieures comme Lý Nam Đế, Ngô Quyền. La révolte des Sœurs Trung est une excellente illustration de la bravoure des femmes vietnamiennes dans la lutte contre l’invasion étrangère. Le conférencier a suggéré s’il vaudrait mieux de prendre le 6e jour du 2e mois lunaire comme jour national de l’indépendance du pays comme avait proposé le patriote Phan Bội Châu.

La révolte des Sœurs Trung a été une source d’inspiration pour les générations descendantes, par exemple,  Huỳnh Thúc Kháng, lors de son emprisonnement à l’île  Côn Đảo (Poulo Condor)  a écrit la pièce de théâtre  “Trưng Nữ Vương bình ngũ lãnh”  qu’avaient joué les détenus politiques à l’occasion de la fête du Têt 1910,  Phan Châu Trinh y avait joué le rôle de Thi Sach, le mari de Trung Trac (en réalité son vrai nom était “Thi” et non pas  “Thi Sách”); Phan Bội Châu a écrit la pièce  “Trưng Nữ Vương” à Bản Thầm, Siam (1911) dans le but d’encourager la patriotisme des jeunes ; et Nguyễn An Ninh a écrit la pièce  “Hai Bà Trưng” (1928).

L’œuvre “Hai Bà Trưng” de Nguyễn An Ninh est originale, bien que ce soit marqué « pièce de théâtre » sur la couverture, elle est en réalité un document de formation politique déguisé pour être diffusé aux jeunes du groupe “Thanh niên Cao vọng” (Jeunes à haute aspiration). Au cas où ils sont saisis par l’administration française, ils diront qu’ils jouent une pièce de théâtre. En réalité, on ne peut jouer cette pièce, parce qu’elle contient de très longs monologues. En deuxième de couverture c’est marqué : « La première édition comprend 4000 exemplaires numérotés de 1 à 4000 avec la signature de l’auteur ». De nos jours, nous ne disposons que des exemplaires sans signature de Nguyễn An Ninh dupliqués à partir des archives de la France, ce qui laisse à présumer que l’administration française de l’époque n’a pu confisquer aucun exemplaire du groupe “Thanh niên Cao vọng” et qu’elle avait pris des exemplaires directement de l’imprimerie et mis en archive au service de la sécurité. Le groupe Thanh niên Cao vọng n’est pas un parti politique parce qu’il n’a pas de manifeste ni d’organisation centrale, il a été fondé suite à une conférence sur “ l’idéal de la jeunesse annamite” inspirée des trois grands principes de la Révolution française « Liberté, Égalité, Fraternité ». Cependant Nguyễn An Ninh a apporté quelques modifications, il préconisait « équité » à la place de « égalité » et « partage » à la place de « fraternité ». Le groupe Thanh niên Cao vọng a été actif entre 1923 et 1929 en Cochinchine.

Dans cette pièce, Nguyễn An Ninh a inventé un personnage, le général Lý Định, l’amant de  Trưng Nhị, ils ont été tués lors du combat contre  Ma Yuan. D’après cette pièce, le personnage Trung Trac joue un rôle flou, elle souffre tellement de la perte de son mari qu’elle oublie les souffrances de son peuple, alors que Trung Nhi est la personne qui établit les plans de lutte et de reconstruction du pays. Nguyễn An Ninh a confié l’esprit indomptable du peuple à un personnage féminin.

Avant d’écrire cette fiction, Nguyễn An Ninh a eu des moments d’hésitation, il ne savait pas comment décrire correctement des personnages du passé lointain, et il a décidé de demander à un jeune gardien de buffle s’il connaissait son arrière grand père. Sur ce, celui-ci a répondu que même son grand père, il ne le connaissait pas, donc pas question pour son arrière grand père. Rassuré, Nguyễn An Ninh a donné libre cours à son imagination. Il a mis dans la bouche de Trưng Nhị des paroles raisonnables pour consoler sa sœur souffrant de la perte de son mari : « Les Chinois ont tué Thi Sách sans que notre peuple soit révolté, cela veut dire qu’ils ont tué l’esprit indomptable de notre peuple. C’est cela qui est inquiétant et regrettable ». Elle s’est montrée lucide lors des discussions avec son amant Lý Định : « Ce n’est pas pour défendre sa liberté que notre peuple se révolte contre les Chinois. Il lutte contre les Chinois parce que ceux-ci l’oppriment trop cruellement. Si le peuple arrive encore à respirer, il ne serait pas entré en combat contre les Chinois ».  Trưng Nhị s’inquiète de ne pas pouvoir subvenir aux besoins du peuple après que l’indépendance est rétablie, dans ce cas « notre chance deviendrait notre grand souci ». Bref, la pièce Hai Bà Trưng de Nguyễn An Ninh nous a révélé sa vision large et progressiste de la situation du pays, or il n’avait que 28 ans en 1928, il y a donc 100 ans.

Parallèlement à la présentation de la lutte des sœurs Trung connues comme deux premières Vietnamiennes qui se sont révoltées contre l’invasion chinoise au premier siècle, la conférence est pour l’auditoire une occasion de mieux comprendre l’influence de la révolte des sœurs Trung sur l’esprit indomptable des patriotes pendant la résistance contre la domination française à travers les œuvres de Huỳnh Thúc Kháng, Phan Châu Trinh, Phan Bội Châu et particulièrement de Nguyễn An Ninh.

 

Compte rendu : GAS

Traduction française : Thái Thị Ngọc Dư